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« Mettre en scène les rencontres, c’est construire un récit commun »

INTERVIEW 
RECOMMANDÉE

Marek Z,
graphiste attitré des deux festivals d’été de la fabrique documentaire

Le « Z » de Marek Z est à son identité ce que le Z de Zorro est à sa légende, un signe distinctif immédiatement reconnaissable. Dessiné d'un geste vif à la pointe du stylet, il ouvre son nom Zielinski. Une signature graphique apposée sur nos deux festivals d’été, Ciné-Jardins et Ciné-Voisin.es.

De quelle manière travailles-tu pour créer les affiches de Ciné-Voisin.es ?

 

Mon père avait une agence de pub et pendant plusieurs années j’ai travaillé pour lui. Puis je me suis orienté vers le design graphique. Tout cela m’a apporté une capacité à manipuler les images. Pour Ciné-Voisin.es, c’est pareil, je manipule. Avec à chaque fois une tentative de dialogue entre les personnages. Entre deux personnages je regarde comment ils se répondent. Sur la dernière affiche, la jeune femme ne joue pas les dures : elle s'amuse. Les deux mains pointées comme des pistolets, elle adopte les codes du western pour mieux les détourner. Avec son jean slim, ses bottes et son chapeau, elle ressemble davantage à une héroïne du XXIe siècle qu'à une cow-girl sortie des plaines de l'Ouest. Un clin d'œil malicieux à John Wayne et à toute la mythologie virile qu'il incarnait. Une légende déjà sérieusement égratignée dans les années 1960 par l'irrévérence du western spaghetti. En fait, l’enjeu, pour chaque affiche c’est de mettre en scène cette rencontre, de construire un récit commun.

Comment décrirais-tu l’univers visuel des affiches de Ciné-Voisin.es ?
Ce qui relie toute la série, c’est la connivence. Le cinéma descend du grand écran, s’invite au pied de l’immeuble, bouscule le quotidien. L’univers et la cohérence visuelle tiennent aussi par une continuité chromatique : un bleu reconnaissable, puis des éclats de rouge, de rose, de saumon, qui se font signe d’une édition à l’autre. Les couleurs, ici, sont des repères en même temps que des invitations au partage et à la fête.

Marek, depuis combien de temps tu es graphiste ?
À dire vrai, je dessinais avant même de savoir marcher (rires). Composer, assembler, jouer — c’est sans doute le fil rouge de mon parcours, entre typographies à géométrie variable et images hétéroclites. Je suis franco-polonais. En Pologne j’ai étudié aux Beaux-Arts de Varsovie, puis à Paris 1, (Centre Saint-Charles), avec des figures de l’Art conceptuel, comme Michel Journiac. Cela m’a permis de découvrir d’autres approches de l’art.

Quelles sont tes inspirations ?
L’univers du collage. Pas seulement la technique, mais l’attitude. J’aime mélanger, déplacer, provoquer des rencontres improbables. Le Quattrocento italien, avant le triomphe de la perspective, m’inspire comme terrain d’enfance pour aller chercher le non-sens joyeux : le chat géant qui surveille les parents, la disproportion comme méthode et comme clin d’œil. L’incongruité, en somme. Tout cela me rappelle que le regard se fabrique au croisement du naïf et du savant.

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