Interview presqu’imaginaire de John Wayne (1ère partie)
Par Kiara Donyari, journaliste d'une génération qui préfère interroger les légendes plutôt que les vénérer.
Pour mener cette rencontre, nous avons confié les questions à Kiara Donyari, née en 2006. Enfant d'une génération nourrie autant par PERSEPOLIS qu'AZUR ET ASMAR, elle regarde John Wayne avec curiosité plutôt qu'avec révérence. Rencontre avec l’homme blanc de 1,93 m, star hollywoodienne et incarnation de l'autorité, né en 1907.
Partie 1
John Wayne, que ressentez-vous en vous voyant sur l’affiche d’un festival de cinéma au pied des immeubles des Portes de Paris ?
Je suis honoré d'être au centre de l'attention car visiblement, malgré le temps qui passe, le mot Western lui fait penser à moi. C’est vrai je fais parti de cette race d’acteur qui a su imprimer sa marque pour l’éternité. Mais qu’est-ce qui a changé depuis ma disparition en 1979 et votre époque pour que vous ayez mis à la place de mes revolvers des pistolets pour laver les carreaux ? Et pourquoi m’affliger d’un balai ?
Reconnu oui mais vous savez, Monsieur Wayne, les enfants qui viendront voir les films de Ciné-Voisin.es ne vous connaissent peut-être même pas ?
Alors ce n'est pas moi qui ai vieilli. C'est votre époque qui a changé. Chaque génération choisit ses héros. La mienne m'a choisi, la vôtre en choisira d'autres. Et même si votre époque a oublié mon nom, c’est pas très important. Car dès qu'un enfant dessine un chapeau, un cheval et un revolver, il dessine encore un peu du monde que j'ai contribué à fabriquer. Et s’ils ignorent d'où viennent ces images, elles viennent de films comme les miens. Si aujourd'hui vous les regardez autrement, tant mieux. Mais n'oubliez pas qu'avant de les déconstruire, il a bien fallu que quelqu'un les construise.
Que ce soit dans votre premier grand rôle au cinéma, Sur la piste des Géants (1930) de Raoul Walsh ou dans votre dernier film en 1979 sous la caméra de Don Siegel, LE DERNIER DES GÉANTS, vous vous êtes souvent retrouvé dans la figure emblématique du cow-boy, droit dans ses bottes, taciturne, solitaire . Vous l’aimez cette figure ?
Je trouve la figure du cowboy absolument géniale. Je l’ai un peu gravé dans la mémoire collective pourl’éternité. Si je suis un géant c’est parce que j’ai joué sous l’œil des plus grands : Raoul Walsh, John Ford bien sûr et Don Siegel. Cette figure, vous semble dépasser, jeune fille ? Mais à mon époque, il fallait bien imprimer la légende du Far-West Et c’est moi qui l’ait incarné, graver dans des millions de rétines cette figure. Je suis celui qui évoque l’esprit de la conquête de l’Ouest. Ensuite les années 60 sont arrivées, et la contre-culture avec.
Oui. Le western a traversé l’Atlantique pour tomber chez les Européens, et être revu à la sauce italienne.
Ah ah ! Vos fameux Western spaghettis ! (Il rit très fort). Mais tout cela est trop cynique à mon goût, avec ses anti-héros chasseurs de prime. Paradoxe, ce fut un autre républicain qui fut alors porter au Pinacle, Clint Eastwood, dont le mentor fut…Don Siegel. Un démocrate. Vous voyez jeune fille, la vie tient dans le paradoxe.
Les cowboys, les natifs américains, les déserts, les demoiselles en détresse, etc… Selon vous, le western est si manichéen ?
Pour moi, le western c'est simple, c'est un état d'esprit, une philosophie de vie : celle des grand espaces et de la conquête de l'Ouest. Le western est honnête, mature et réaliste. J'aime le western parce qu'il est partie prenante de notre folklore, il vit de légendes et de poèmes. Le western refuse de se limiter au grand spectacle. D'ailleurs, dans mes expériences de jeu, j'ai eu des rôles difficiles et parfois très sombres. J'ai psychologisé le Cow-Boy.
To be continued...
